Le coach

JE SUIS COACH. VOULEZ-VOUS COACHER AVEC MOI ?

Le COACH nutritionnel :

« Tu n’as pas mangé tes cinq fruits et légumes aujourd’hui », me dit mon coach en nutrition.

« Mais j’ai déjà eu du mal à finir la 4ème pastèque » lui dis-je.

« Et hier tu m’as reproché d’avoir mangé 3 radis, 6 fraises et 6 framboises sous prétexte que cela faisait trois fois plus que ta prescription journalière ! ».

« Alors puisque toi tu raisonnes Quantité, moi je vais te parler Qualité ! »

« J’ai bien compris que nous les consommateurs nous devions lire les étiquettes (indéchiffrables) des produits pour repérer les colorants et autres poisons que l’on consomme à dose homéopathique. Mais je ne comprends pas pourquoi et au profit de qui on autorise toujours l’industrie agroalimentaire à nous les imposer ! ».

Pris en défaut avec son « bio T-shirt » à l’effigie d’un de ces grands groupes, je sens que mon coach en nutrition est un peu déstabilisé.

« Bon commence pas à chipoter. N’oublie pas que moi je suis Naturopathe, pas chimiste », me dit-il avec une pointe d’arrogance.

« Mais j’en ai assez d’avoir un naturopathe qui espionne mon frigo et mon assiette ! Je ne veux pas de naturopathe dans mes pattes ! Moi je veux un bon steak aux pâtes ! »

Le COACH sportif :

Ensuite, c’est mon coach sportif qui m’appelle. Il a l’air très en colère après moi.

« Mais qu’est-ce que tu as foutu mardi dernier hein ? Tu as fait zéro pas ! C’est pour ça que mercredi tu as fait presque vingt milles pas ? Je te l’ai dit, il faut être régulier. RE GU LIER ! ».

« Ne t’énerve pas coach. Mardi je suis allé courir une dizaine de kilomètres et ce n’est que jeudi que je me suis aperçu que mon podomètre n’avait rien enregistré.

Par contre, mercredi je suis resté à mon bureau toute la journée pour étudier un gros dossier.

J’ai passé des heures à envoyer des mails et des sms, j’ai consulté internet et mes messageries en permanence.

Et là, j’ai compris que la sensibilité du podomètre de mon téléphone était réglée au maximum et qu’à chaque fois que j’appuyais sur mon téléphone avec le doigt, le podomètre comptait un pas. C’est amusant non ? ».

« Dis-moi coach, tu es coach ou bien vigile ?

Veux-tu que je te présente mon coach en téléphonie, ou bien mon coach en digital, mon coach en data, mon coach en intelligence artificielle, ou mon coach en cyber sécurité, ou bien mon coach en coaching peut-être ? ».

Le COACH en bienveillance :

L’autre jour, j’ai assisté à une conférence sur le thème très actuel de « La bienveillance ».

En dehors du contenu qui ; par certains aspects ; m’a rappelé une très ancienne recommandation « Aimez-vous les uns les autres » (j’ai oublié le nom du coach qui a dit cela) ; j’ai surtout été marqué par la forme du message.

Il faut dire que le ton quelque peu autoritaire du conférencier avec une pointe d’accent germanique qui n’arrangeait rien à l’affaire, cela provoquait un curieux contraste avec la teneur du message :

« Nous zavons les moyens de mettre en plassse des méthooodes pour appliquer la bienfeillanssse dans l’entreprissse. ! ».

Le silence qui a suivi dans l’assistance en disait long sur l’impact de son message. Tout compte fait, la bienveillance vue comme ça, ça fait peur !

J’ai même rencontré un coach qui prône la bienveillance et qui m’a vendu ses parts sociales d’un cabinet conseil …. Juste avant son redressement judiciaire.

C’est émouvant de penser à son ex associé majoritaire, gérant de ce cabinet et lui-même coach certifié qui encourage la bienveillance et met l’humain au cœur de son métier, en tout cas au cœur de sa plaquette commerciale.

Un confrère. Que dis-je, un confrère ? Un ami ! Un ami dont je n’ai plus de nouvelles aujourd’hui.

Le COACH en bonheur :

Bon alors, la nutrition, le sport, la bienveillance ; avec toute cette panoplie de connaissances livrées par une armée de coachs, je devrais être au Top de ma forme et de mes performances.

Ah non, j’oubliais les coachs en bonheur. A la bonne heure !

Comme je suis assez curieux de nature, je me suis inscrit à une séance. On ne sait jamais, il y a peut-être des astuces à découvrir pour savoir comment être heureux.

Après avoir « consommé » quelques banalités et entendu des recettes apprises dans des livres probablement écrits à partir d’autres livres, j’ai frôlé la sieste de justesse.

Vous me direz, dormir comme un bienheureux eût été une preuve d’efficacité de la séance « Comment être heureux ? » !

Mais finalement nous avons été interrompus par le portable de l’intervenante qui visiblement, se lançait dans une querelle avec son ex pour savoir s’il pouvait garder les gosses le week-end prochain.

Si cet intermède était une illustration pédagogique du bonheur par un contre-exemple, alors là moi je dis quel professionnalisme !

A moins que ses interventions sur le sujet ne soit un moyen de facturer son auto psychanalyse ?

Trop de COACHS tuent le COACHING :

Je ne me lancerai pas là dans l’inventaire des autres coachs que j’ai pu côtoyer, voire tester parfois avec regrets.

Je veux même souligner le professionnalisme de vrais coachs que j’ai pu rencontrer, qu’ils soient certifiés ou non.

Mais je m’interroge tout de même sur ces « usines à fabriquer » des coachs en nombre qui se sont développées opportunément depuis les plans sociaux accélérés dès 2008.

Je m’interroge sur ceux qui prodiguent des conseils de santé tout en abusant de bonnes tables, d’alcool et de cigarettes et ne font pas de sport.

Je m’interroge sur ces coachs aux préjugés péremptoires et aux injonctions agressives qui encouragent l’écoute et la « zen attitude ».

Le meilleur moyen d’être convaincant n’est-il pas d’être exemplaire, plutôt que de réciter des leçons apprises en faisant le contraire ?

Le bonheur est dans l’après :

Franchement, à force d’être harcelé et jugé par des coachs en « bien-être », jamais je ne m’étais senti aussi mal !

Depuis, loin de ces coachs je continue à manger sans me goinfrer, à boire de l’eau en quantité et de l’alcool avec une extrême modération, à marcher et à courir, à partager, donner, aider les autres, sans injonction des moralisateurs et des donneurs de leçons.

Depuis que ; loin de ces coachs ; je continue à vivre simplement et sans excès comme avant, je me sens beaucoup mieux.

Merci à ces pseudos coachs de m’avoir aidé à encore mieux apprécier les vrais coachs.

Merci de m’avoir permis d’apprendre à choisir les vrais pour ne plus subir les faux.

Bien que légèrement caricatural, ceci est un témoignage, un retour d’expériences vécues de l’intérieur avec parfois une immersion intentionnelle. C’est là mon rôle de prévention des risques et parfois de lanceur d’alertes lorsque la prévention n’a pas été entendue (1er article sur ce sujet en 2006 !).

Par ce témoignage, je veux contribuer à préserver une noble profession menacée par de malsaines concurrences.

Si vous aussi vous faites une mauvaise expérience de coaching, ne tirez pas de conclusion générale et définitive sur la profession, mais prenez le temps de choisir et ne laissez jamais personne choisir votre coach à votre place !

Acceptez aussi le principe qu’un(e) coach qui convient à l’un peut ne pas convenir à l’autre.

Acceptez aussi le principe que le (la) coach de votre besoin d’aujourd’hui ne sera pas forcément votre coach pour votre besoin de demain.

 

Jean-François LECARPENTIER – Vendredi 08 Septembre 2017

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